Dérogation facture électronique : qui est exempté en 2026 ?
Les 6 cas de derogation facture electronique en 2026
La derogation facture electronique désigne les situations légales où une entreprise est dispensée d'émettre ses factures au format électronique. Six cas précis sont reconnus par la DGFiP. 4 millions d'entreprises assujetties à la TVA sont concernées par la réforme (source : DGFiP, 2026).
Mais toutes ne sont pas logées à la même enseigne. Transactions B2C, opérations exonérées de TVA, territoires d'outre-mer hors périmètre fiscal métropolitain : ces situations créent des exemptions automatiques. Le piège ? Confondre dérogation à l'émission et dérogation à la réception. La réception de factures électroniques est obligatoire pour toutes les entreprises dès le 1er septembre 2026, sans aucune exception (article 91 de la loi de finances 2024).
Voyons chaque cas en détail, avec les obligations résiduelles qui s'appliquent même en cas de dérogation. Car être exempté de l'émission ne signifie pas échapper à toute obligation, le e-reporting et la réception restent souvent au programme.
Transactions B2B domestiques (France)
Transactions B2C (particuliers)
Exportations et livraisons intracommunautaires
Opérations exonérées de TVA (art. 261 CGI)
Outre-mer sans TVA (Guyane, Mayotte…)
Outre-mer avec TVA (Guadeloupe, Martinique, Réunion)
Entreprise non assujettie à la TVA
| Situation | Émission e-facture | Réception e-facture | E-reporting |
|---|---|---|---|
| Transactions B2B domestiques (France) | Obligatoire | Obligatoire | Non |
| Transactions B2C (particuliers) | Non concerné | Non concerné | E-reporting obligatoire |
| Exportations et livraisons intracommunautaires | Non concerné | Non concerné | E-reporting obligatoire |
| Opérations exonérées de TVA (art. 261 CGI) | Non concerné | Non concerné | Non |
| Outre-mer sans TVA (Guyane, Mayotte…) | Non concerné | Non concerné | Non |
| Outre-mer avec TVA (Guadeloupe, Martinique, Réunion) | Obligatoire | Obligatoire | Non |
| Entreprise non assujettie à la TVA | Non concerné | Non concerné | Non |
Détaillons chaque cas. Le premier, et le plus fréquent, concerne les transactions avec des particuliers (B2C). Un restaurant, un coiffeur ou un e-commerce qui vend à des consommateurs finaux n'a pas à émettre de facture électronique pour ces ventes. En revanche, l'e-reporting TVA reste obligatoire pour transmettre les données de ces transactions à l'administration fiscale. C'est un point que beaucoup d'entrepreneurs oublient : la dérogation porte sur le format de la facture, pas sur la transmission des données fiscales.
Le deuxième cas touche les opérations exonérées de TVA au sens de l'article 261 du CGI. Formations professionnelles continues, soins médicaux, locations nues à usage d'habitation, certaines activités bancaires et d'assurance : ces activités sortent du périmètre. Attention cependant, si votre entreprise réalise à la fois des opérations exonérées et des opérations taxables, vous restez soumis pour la partie taxable. Un organisme de formation qui vend aussi du conseil facturé avec TVA devra émettre des factures électroniques pour cette deuxième activité.
Troisième dérogation : les exportations et livraisons intracommunautaires. Ces flux relèvent du commerce international et échappent à la facturation électronique domestique. Là encore, le e-reporting prend le relais pour assurer la traçabilité fiscale. Une PME qui exporte 80 % de sa production reste donc soumise à l'e-reporting sur ces flux, même si elle échappe à la facture électronique stricto sensu.
Réception ≠ émission : pas de dérogation possible
- L'obligation de RECEVOIR des factures électroniques s'applique à TOUTES les entreprises dès septembre 2026
- Même si vous êtes exempté de l'émission, vous devez être capable de recevoir via une plateforme agréée
- Choisissez votre PDP ou utilisez le portail public de facturation AVANT la date limite
- Le non-respect de la réception expose aux mêmes sanctions que le non-respect de l'émission
Qui reste soumis à la facture électronique sans exception
La question inverse mérite d'être posée. Qui ne peut pas y échapper ? La réponse tient en une ligne : toute entreprise assujettie à la TVA qui réalise des transactions B2B domestiques en France. Pas de passe-droit, pas de demande de dérogation individuelle auprès de la DGFiP, pas de régime transitoire permanent.
Taille de l'entreprise, secteur d'activité, chiffre d'affaires : aucun de ces critères ne crée d'exemption. Un auto-entrepreneur qui facture un seul client professionnel par mois est soumis au même titre qu'un grand groupe avec 10 000 factures mensuelles. Seul le calendrier diffère selon la taille, les micro-entreprises bénéficient d'un délai supplémentaire d'un an pour l'émission, jusqu'en septembre 2027.
Une PME industrielle basée à Lyon qui fournit des pièces à d'autres entreprises françaises ? Aucune dérogation possible. Un consultant en stratégie qui facture des missions à des SARL ? Même obligation. Un artisan plombier qui intervient chez un professionnel ? Identique. La facturation électronique obligatoire ne fait pas de distinction sectorielle pour le B2B domestique. Le champ d'application est défini par la nature de la transaction, jamais par le métier.

Calendrier et échéances : obligation d'émission et de réception par taille
Le calendrier de la réforme a connu plusieurs reports depuis son annonce initiale en 2020. La version définitive, fixée par l'article 91 de la loi de finances 2024, établit deux vagues distinctes. Ce décalage temporel n'est pas une dérogation au sens strict, toutes les entreprises B2B finiront par être soumises. Mais il allège considérablement la charge de mise en conformité pour les plus petites structures, qui disposent d'un an supplémentaire pour s'organiser et choisir leur plateforme agréée.
La réception reste le point dur : toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent pouvoir recevoir des factures électroniques dès le 1er septembre 2026. C'est la première étape non négociable. Choisir une plateforme de dématérialisation partenaire (PDP) ou s'inscrire sur le portail public de facturation est donc la priorité absolue, même pour les entreprises qui bénéficient du report d'émission. Ne pas avoir de canal de réception opérationnel à cette date expose aux mêmes sanctions que la non-émission.
1er septembre 2026, Réception universelle
1/3TOUTES les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures au format électronique. Aucune dérogation de taille. Choisissez votre plateforme agréée et configurez la réception avant cette date. Testez la connexion avec vos principaux fournisseurs.
1er septembre 2026, Émission pour GE et ETI
2/3Les grandes entreprises (CA > 1,5 milliard d'euros) et les entreprises de taille intermédiaire (250 à 4 999 salariés, CA inférieur à 1,5 milliard) doivent émettre leurs factures au format électronique. Environ 5 700 entreprises en France sont concernées par cette première vague d'émission.
1er septembre 2027, Émission pour PME et micro-entreprises
3/3Les PME (10 à 249 salariés) et les micro-entreprises (moins de 10 salariés) passent à l'émission obligatoire. Environ 3,9 millions d'entreprises sont concernées. C'est la vague la plus massive, et celle qui nécessite le plus d'accompagnement, notamment via le numéro d'assistance DGFiP.
Cas particulier des Outre-mer : application dans les territoires ultramarins
Le régime ultramarin crée la dérogation la plus nette, et la plus mal comprise. Le critère est simple : la TVA s'applique-t-elle sur le territoire ? Si oui, la facturation électronique s'applique. Si non, c'est une exemption totale.
La Guadeloupe, la Martinique et La Réunion appliquent la TVA. Les entreprises qui y sont établies sont donc soumises à la facturation électronique dans les mêmes conditions que la métropole. Même calendrier, mêmes obligations d'émission et de réception, mêmes sanctions en cas de non-respect. Aucune spécificité insulaire ne crée de dérogation supplémentaire.
En revanche, la Guyane et Mayotte n'appliquent pas la TVA. Leurs entreprises sont totalement exemptées de la facturation électronique et du e-reporting. Même logique pour Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et les Terres australes (source : entreprendre.service-public.gouv.fr, 2026).
Un piège fréquent : une entreprise métropolitaine qui facture un client en Guyane réalise une opération assimilée à une exportation. Cette facture sort du périmètre de la facturation électronique mais reste soumise au e-reporting. Le flux fiscal n'échappe jamais totalement à la traçabilité.

Sanctions en cas de non-conformité : ce que vous risquez concrètement
Se croire exempté sans vérifier peut coûter cher. La loi de finances 2024 a fixé des amendes claires pour les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations de facturation électronique et de e-reporting.
50 € par facture non émise au format électronique, plafonnée à 15 000 € par année civile. Pour une PME qui émet 300 factures par an à des clients professionnels, l'addition monte à 15 000 € dès la première année, le plafond est atteint rapidement. Ce montant s'applique par facture manquante, pas par client.
500 € par transmission manquée pour le e-reporting, avec le même plafond de 15 000 € annuels. Ce volet est souvent oublié par les entreprises qui pensent bénéficier d'une dérogation sur l'émission : le e-reporting reste obligatoire pour les transactions B2C et internationales. Ne pas transmettre ces données coûte dix fois plus cher par occurrence qu'une facture manquante.
Les objectifs de la réforme sont clairs pour l'administration fiscale : lutter contre la fraude à la TVA, optimiser la compétitivité des entreprises par la dématérialisation, et simplifier les obligations déclaratives via le pré-remplissage des déclarations de TVA (source : economie.gouv.fr). Les sanctions sont calibrées pour rendre la non-conformité plus coûteuse que la mise en conformité.
Numéro d'assistance DGFiP, ouverture d'un service dédié
- Un numéro national gratuit est disponible : 0 806 807 807 (service gratuit + prix d'appel)
- Il répond aux questions sur les obligations, le calendrier, les dérogations et le choix de plateforme
- Utile pour confirmer votre situation avant de prendre une décision de mise en conformité
Comment vérifier si votre entreprise bénéficie d'une dérogation
Pas de formulaire à remplir ni de demande à déposer auprès de l'administration. La dérogation est automatique : elle découle de la nature de vos opérations, pas d'une autorisation administrative préalable. Ce diagnostic en 4 questions vous donne la réponse en moins de 2 minutes. Si vous répondez « oui » à l'une d'elles, vous êtes probablement exempté, au moins partiellement, de l'obligation d'émission.
Gardez en tête que la dérogation peut être partielle. Une entreprise qui réalise 70 % de B2C et 30 % de B2B est exemptée sur la partie B2C mais soumise sur le B2B. Le diagnostic doit porter sur chaque flux de facturation séparément, pas sur l'activité globale de l'entreprise. Vérifiez chaque catégorie de clients et chaque type d'opération. Un cabinet d'architecture qui facture des promoteurs immobiliers (B2B) et des particuliers (B2C) devra traiter chaque flux différemment. En cas de doute sur votre situation, le numéro d'assistance DGFiP (0 806 807 807) fournit des réponses précises et gratuites.
Êtes-vous assujetti à la TVA ?
1/4Si votre entreprise n'est pas assujettie à la TVA (organisme public non assujetti, association non lucrative sans activité commerciale), vous êtes totalement exempté. Vérifiez votre statut fiscal sur impots.gouv.fr, rubrique « Mes obligations fiscales ». Attention : la franchise en base de TVA ne signifie pas non-assujettissement.
Réalisez-vous des transactions B2B domestiques ?
2/4Si vous ne facturez que des particuliers (B2C) ou que des clients étrangers, vous n'êtes pas soumis à l'émission de factures électroniques. Mais le e-reporting reste obligatoire pour ces opérations. Analysez votre portefeuille clients : même un seul client professionnel en France vous rend soumis pour cette facture spécifique.
Vos opérations sont-elles exonérées de TVA ?
3/4Consultez l'article 261 du CGI pour la liste exhaustive. Formations professionnelles continues, soins médicaux, locations nues d'habitation, certaines activités bancaires et d'assurance. Les activités mixtes (exonérées + taxables) restent soumises pour la partie taxable. Seule la fraction exonérée bénéficie de la dérogation.
Où est établie votre entreprise ?
4/4Si vous êtes en Guyane, Mayotte, ou dans les collectivités d'outre-mer sans TVA (Saint-Pierre-et-Miquelon, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna), vous êtes exempté. Guadeloupe, Martinique et Réunion restent soumises car la TVA y est applicable. Vérifiez le régime fiscal de votre territoire exact.
Ce que la dérogation ne couvre pas, les limites à connaître
La dérogation est souvent mal interprétée. Plusieurs confusions reviennent systématiquement chez les dirigeants de PME.
Première confusion : la taille de l'entreprise. Être une micro-entreprise ne crée aucune dérogation. Le décalage à septembre 2027 pour les PME et micro-entreprises concerne uniquement l'émission. La réception est obligatoire dès septembre 2026 pour toutes les tailles. Et à partir de 2027, même l'auto-entrepreneur qui facture 3 clients professionnels par mois devra émettre au format électronique via une plateforme agréée.
Deuxième confusion : le secteur d'activité. Artisan, profession libérale, restaurateur, agent immobilier, aucun secteur n'est exempté en tant que tel. Seul le type d'opération (B2B taxable domestique vs. B2C vs. Exonéré) détermine l'obligation. Un avocat qui facture un cabinet concurrent est soumis. Le même avocat qui facture un particulier ne l'est pas.
Troisième confusion : le régime de franchise en base de TVA. Les auto-entrepreneurs en franchise de TVA restent assujettis au sens fiscal. La franchise dispense de collecter la TVA, pas de respecter la facturation électronique. Ce point est confirmé par la DGFiP dans sa FAQ officielle (mise à jour mars 2026). Cette limite s'applique aussi aux micro-entreprises sous le régime de la franchise en base qui réalisent des ventes à des professionnels.
Nouvelles mentions obligatoires et sécurisation des factures
Depuis le 1er septembre 2026, de nouvelles mentions obligatoires s'appliquent sur toutes les factures, y compris celles émises hors du périmètre de la facturation électronique. Le numéro SIREN du client, l'adresse de livraison (si différente de l'adresse de facturation), et la catégorie de l'opération (livraison de biens, prestation de services, mixte) doivent figurer sur chaque facture. Ces mentions s'ajoutent aux mentions classiques du Code de commerce et du CGI. Ne pas les inclure expose à des sanctions distinctes de celles liées à la facturation électronique.
La sécurisation des factures électroniques passe par le cachet électronique qualifié, qui garantit l'authenticité de l'origine, l'intégrité du contenu et la lisibilité du document. Les factures doivent être conservées pendant 10 ans en format électronique, dans des conditions garantissant leur intégrité et leur lisibilité sur toute la durée. Les entreprises peuvent recourir à la piste d'audit fiable comme méthode alternative de sécurisation. Même en dérogation partielle, ces règles de conservation s'appliquent à toutes les factures émises, quel que soit leur format de transmission.
Préparer la transition même en cas de dérogation partielle
Bénéficier d'une dérogation sur l'émission ne signifie pas pouvoir ignorer la réforme. La réception reste obligatoire, et le e-reporting s'applique souvent en complément. Trois actions concrètes à lancer dès maintenant, même si votre activité principale est exemptée.
D'abord, choisissez votre plateforme de réception. Le portail public de facturation (PPF) offre un accès gratuit pour les fonctionnalités de base. Les PDP agréées proposent des services plus complets : rapprochement automatique, intégration comptable, archivage. Comparez les options dans notre comparatif des plateformes et faites votre choix avant l'été 2026.
Ensuite, auditez vos flux de facturation pour identifier précisément quels clients et quelles opérations tombent dans le périmètre. Un tableur suffit : listez chaque client, son statut (professionnel/particulier), le type d'opération, et cochez la colonne « soumis ». Cette cartographie révèle souvent des cas mixtes que l'entreprise n'avait pas anticipés.
Enfin, formez votre équipe comptable aux nouvelles procédures. Même si vous n'émettez pas de factures électroniques, vous en recevrez. Le traitement, le rapprochement et l'archivage changent avec le format structuré. Un investissement de quelques heures de formation évite des erreurs coûteuses à la rentrée 2026.
Pour aller plus loin
Si vous êtes concerné par l'obligation malgré tout, consultez notre guide sur le calendrier complet de la réforme pour anticiper chaque échéance mois par mois et planifier votre mise en conformité avant la date butoir. Les entreprises qui doivent choisir une plateforme trouveront un comparatif détaillé dans notre article sur les plateformes agréées de facturation électronique, avec les tarifs, fonctionnalités et retours d'utilisateurs pour chaque solution du marché.
Pour comprendre les différences entre les formats acceptés par la réforme, notre guide Factur-X décortique le format recommandé par la DGFiP et ses profils d'utilisation selon la taille de l'entreprise. Si vous hésitez entre portail public et PDP privée, notre analyse des différences entre PDP, PPF et OD clarifie les avantages de chaque option. Les micro-entreprises trouveront un guide dédié à leur situation particulière, avec les délais spécifiques et les solutions gratuites disponibles sur le marché.
Sources et références juridiques
Cet article s'appuie sur les textes officiels suivants, vérifiés en mai 2026. Chaque source a été consultée directement pour garantir l'exactitude des informations sur les dérogations, le calendrier et les sanctions applicables à la facturation électronique en France.
- Service-public.fr, Facturation électronique : c'est pour bientôt (2026), calendrier, champ d'application et cas des territoires d'outre-mer
- BPI France, Facturation électronique et obligation de e-reporting (2026), sanctions, obligations et FAQ détaillée
- Loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023 de finances pour 2024, Article 91 (calendrier définitif de la réforme)
- Article 261 du Code général des impôts, Liste exhaustive des opérations exonérées de TVA
- Ordre des experts-comptables, Comprendre la facturation électronique (2026), fiches sectorielles par métier
- Décret n° 2022-1299 du 7 octobre 2022, Modalités de la facturation électronique entre assujettis TVA
- Ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021, Base juridique de la généralisation de la facturation électronique
